Comme un grand livre ouvert.



Publié le samedi 15 mars 2008


Samedi 15 mars 2008

"Chagrin d'école", Daniel Pennac.

 

« Chagrin d’école » de Daniel Pennac a été salué par le prix Renaudot et ce prix est, je crois, bien mérité. J’aurais toujours voulu être enseignant. D’ailleurs, cette communauté religieuse à laquelle j’ai adhéré tout jeune encore est une communauté enseignante. Mais bien que j’aie été chargé de cours (comme second emploi), la lecture de ce livre me fait dire que j’ai manqué ma « vocation ».

Ce livre est écrit pour les profs d’abord, puis pour les parents et pour les élèves. Ce n’est pas tous les jours que l’on voit un cancre, un mauvais élève devenir professeur puis grand écrivain. Quand on prend un an, comme ce fut le cas de Pennac, à apprendre à former la lettre a, c’est qu’on a des problèmes et il en avait de graves.

Ce livre délicieux et humoristique raconte la vie de ce cancre mais aussi, des cancres en général, de ceux qui se sentent « reject » par le système et les autres, ceux qui n’ont pas d’avenir, puisqu’ils se font si souvent dire : « Je me demande bien ce que tu vas faire de bon dans la vie, toi ». On leur prédit un avenir sombre, comment peuvent-ils ne pas se le prédire eux-mêmes? Le bon prof est un éveilleur des endormis. Quand un prof entre en classe, son premier travail est d’amener les élèves dans l’ici-maintenant en évitant qu’un élève reste dans le passé de son milieu familial parfois pas facile ou dans l’avenir qui pour lui, ne semble pas en être un reluisant.

Mais attention! Pennac ne prône pas la facilité, loin de là! Il faut enseigner la matière qu’on a à enseigner et montrer aux jeunes qu’ils doivent faire l’effort d’aller chercher les connaissances, eux qui comme consommateurs de vêtements griffés sont habitués de tout avoir en ne donnant rien en retour.

J’ai beaucoup apprécié ce livre qui démontre une théorie que j’ai toujours soutenue : les meilleurs profs que j’ai eus sont ceux qui comprenaient que comme élèves, nous ne comprenions pas toujours. Peut-être avaient-ils tous été cancres eux-mêmes? Et cette image grandiose de fin de livre, quand Pennac parle de ces hirondelles, qui, partant en groupe vers le sud pour migrer, fonçaient dans les vitres de sa chambre et s’assommaient. C’est alors que Pennac ouvrait toutes les fenêtres, celles du nord et celles du sud. Les hirondelles passaient par sa chambre pour migrer mais quelques étourdies réussissaient tout de même à aller s’assommer dans une petite fenêtre qui n’ouvrait pas. Elle tombait alors par terre, toute abasourdie. C’est alors que Pennac la prenait dans sa main, la caressait un peu, le temps qu’elle reprenne ses sens et la relançait dans cette course effrénée vers le sud. C’est l’image d’un prof qui sait s’occuper d’un cancre en le soignant et en lui donnant le goût de voler de ses propres ailes.

Mais le gros mot lâché à la fin, le mot indicible se nomme AMOUR. L’amour des jeunes, l’amour de son métier, l’amour agapè. Chez Gallimard, 2007, 305 pages.

Ma note : 9 sur 10. Si vous êtes profs, (bande de chanceux), si vous êtes parents ou élèves, lisez ce livre grandiose, vous comprendrez bien des choses…

 

Daniel