Comme un grand livre ouvert.



Publié le samedi 22 mars 2008


Samedi 22 mars 2008

"Shutter Island" de Dennis Lehane.

Moi qui ai passé près de dix ans de ma vie à travailler en milieu psychiatrique, je viens de lire ce fameux « Shutter Island » de Dennis Lehane, qui m’a ramené bien malgré moi dans ce milieu intrigant qui ressemble étrangement à « Vol au-dessus d’un nid de coucous », ce film terrible que j’avais d’abord vu en pièce de théâtre.

 

Nous sommes dans les années cinquante, époque où on se demandait si l'avenir de la psychiatrie allait passer par la chirurgie ou par la pharmacothérapie. Au large de Boston, sur une petite île nommée Shutter Island se dresse un groupe de bâtiments sinistres. Tous les patients de cet hôpital sont très gravement atteints et ont tué.

Deux marshals américains y sont expédiés d’urgence, car une patiente matricide s’en serait évadée, même si ce fait est impossible en soi. Le Marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule débarquent donc sur cette île en se demandant franchement ce qu’ils sont venus y faire et ce qui va leur arriver. Comment Rachel Solando a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clé de l'extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Œuvre incohérente d'une malade? On entre dans la formule de cryptage à la Dan Brown. Au fur et à mesure que le temps passe, les deux policiers s'enfoncent dans un monde de plus en plus opaque et angoissant, jusqu'au choc final de la vérité.

 

Cette fin qu’on dit « non devinable » dans les critiques de ce roman totalement schizophrène, je l’ai devinée trop vite à mon goût. Et ça, c’est peut-être le résultat des dix années passées à oeuvrer dans ce milieu. Mais je dois dire que ce roman va aux confins de la folie en se promenant sur la ligne qui sépare maladroitement la santé mentale et la folie. Et le lecteur est amené à se poser lui-même des questions sur sa propre santé mentale.

Ce n’est pas un polar traditionnel ce Lehane, c’est une intrusion dans le monde de la folie, c’est une enquête au fond de l’âme humaine. Je peux comprendre les lecteurs qui ont été choqués de la fin inattendue et j’aurais voulu ne pas avoir deviné cette fin aussi vite. Tout ce que je dirai, c’est que le marshal Teddy Daniels était aussi aux prises avec des expériences de vie très difficile et demeurait un homme très fragile…

Ce roman fut édité chez rivages thriller en 2003 et compte 287 pages. Si ce n’est déjà fait, un film sortira à partir de cette histoire. Même si la qualité de l’écriture et l’intrigue demeurent du grand Lehane, je ne peux évaluer qu’à 7,5 sur 10.

 

Daniel