Comme un grand livre ouvert.



Publié le mercredi 21 janvier 2009


Mercredi 21 janvier 2009

Luc et Gerry.

Jeune, j’étais sportif. Fervent du hockey et du baseball, j’ai passé de beaux moments de mon adolescence sur la patinoire ou sur le terrain de balle. J’avais même acquis une certaine habileté qui m’avait fait graduer dans l’équipe du collège « le grand club », comme on disait.

 

Le fait de revêtir la soutane ne m’avait pas enlevé le goût des prouesses acrobatiques. Professeur au séminaire, je m’amusais beaucoup à reprendre le gant et à courir la balle avec les étudiants qui mettaient mon adresse à l’épreuve. Parmi eux, Luc et Gerry : le troisième but et l’arrêt-court du grand club d’alors. Deux bons amis, Gerry, le gai luron, toujours en pirouettes pour attraper les coups difficiles ; Luc, une forteresse qui défendait habilement le troisième coussin.

 

Je devins évêque, je les perdis de vue. Luc était pharmacien. Un jour de vacances dans ma famille, je l’aperçus derrière le comptoir d’ordonnances du centre commercial où j’avais fait mes emplettes. Il était heureux de me revoir. « L’abbé, savez-vous ce qui est arrivé à Gerry ? Il souffre de sclérose en plaques depuis sept ans. Ça lui ferait énormément plaisir si vous alliez le saluer ».

Nous nous mettons d’accord pour le mardi soir. Résolus à ne rester qu’un petit quart d’heure. Sa femme est timide, m’avait confié Luc. Et recevoir un évêque… 

 

Le soir dit, je trouve un Gerry, en chaise roulante. Avec une jeune épouse gentille, accueillante, réservée. La famille compte deux belles petites filles.  La conversation s’anime rapidement. Nous ravivons les exploits des jours de collège. Nous rappelons les noms de joyeux copains ou de savants professeurs. Mais bien vite, lui et elle me découvrent leur vie. Je saisis combien ils s’aiment. Elle me raconte comment ils s‘épaulent mutuellement dans l’épreuve. «  Les fins de semaine de pique-nique familial, je le prends dans mes  bras et l’installe sur le siège de l’auto; les enfants adorent cela » dit la jeune dame.

 

Le temps file, Nous avions oublié notre consigne. Déjà nous bavardons depuis une heure et demie. Un bon pan de la vie du couple y passe. A un moment, la jeune épouse, son regard dans le mien, me dit « Monseigneur, vous êtes proche du Bon Dieu, vous devriez lui demander…. » Elle s’arrête net… « Non, nous ne serions pas plus heureux. »

 

Dans ma vie, j’ai rarement reçu un tel message sur le vrai bonheur. Je ne l’ai jamais oublié.

 

Daniel