Comme un grand livre ouvert.



Publié le jeudi 2 avril 2009


Jeudi 2 avril 2009

"Kamouraska", Anne Hébert.

Quel beau roman! Enfant, on l'appelle Petite. Petite vit avec trois tantes et une mère veuve et dépressive. Petite est entourée d'attention. Un jour, un potentiel mari se présente à Sorel. Petite a 16 ans et devient Madame Tassy, digne épouse du fou gouverneur de Kamouraska. Fou, alcoolique, coureur de jupons et violent jusqu’à menacer de la tuer, de se suicider.

Madame Tassy souffre. Son mari est riche, mais ignoble. Souffrance silencieuse dans un grand manoir du bord du fleuve. Puis, de retour chez ses tantes à Sorel, elle fait la connaissance d’un homme qui l’aime, qu’elle aime. Elle devient alors Élisabeth qui aime, à la vie, à la mort. Les coeurs éclatent. La mort est présente. Il faut éliminer le mal pour que le bien triomphe.

Combat sanglant à l’horizon. Puis, Madame Tassy et Élisabeth n'existent plus. Souffrance, quand tu nous tiens... L’échappatoire: elle devient Madame Rolland. L'épouse du notaire Rolland de Québec.

Madame Rolland est au chevet de son mari mourant. Mais elle n’est pas vraiment en ce lieu. Elle change de scène constamment, entre sa vie présente, sa vie de petite fille, sa vie d’amoureuse, sa vie de criminelle coupable qui se dit innocente. Elle est en plein délire, fantôme se promenant dans sa vie et dans la vie des autres où trône la mort…

Mon évaluation : l’histoire, tirée d’un fait réel, est ahurissante. L’écriture d’Anne Hébert est rapide, nerveuse, hachurée. Elle écrit des phrases courtes et haletantes, qui courent à la vitesse d’un traîneau tiré par des chevaux écumants sur des arpents de neige parfois rouge.

 

Souvent, elle devient difficile à suivre. Les retours en arrière se mêlent avec le temps présent mais on se retrouve tout de même, dans ce délire de femme éplorée et vivant une profonde douleur coupable. La poésie de la souffrance infernale est soutenue par la dureté de la vie réelle. Je n’ai jamais autant aimé une histoire d’amour et de non-amour… Histoire déchirante, livre à ne pas apporter à la plage cet été. La légèreté de l’écriture ne fait que compenser la lourdeur du sujet.

Mais l’écriture serrée, dense; la puissance d'évocation m'ont tout simplement séduit. Roman à la fois intemporel et situé dans le temps! Se lit comme un polar trop bien écrit.

 

Pour ce livre de 250 pages en format poche, édité au Seuil en 1970, je donne une note de 9,5 sur 10.

 

Daniel